Comment travailler avec des « flashcards ». Exemple: être+adjectifs

Il est tentant, en tant que prof, de croire qu’on a »fait le job » quand on a introduit le nouveau vocabulaire, qu’on l’a répété, fait répéter et réutiliser quelques fois. Le problème c’est qu’à croire que c’est suffisant on va s’agacer quand on fera inévitablement face à des élèves qui ne s’en souviennent toujours pas. « Mais ça fait 10 fois qu’on le répète!!! », « Mais on vient juste de le dire! » « MAIS heuuuuuu! »  » Gniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii » « Ils comprennent rien ces patates…! »

Détresse de l’élève et du prof.

La mémoire est quelque chose de délicat à comprendre et son fonctionnement diffère selon les individus. Oui, certains de mes élèves vont avoir retenu le mot nouveau après l’avoir entendu, répété et utilisé une petite poignée de fois. Pendant ce temps, généralement, le reste de la classe ne l’aura toujours pas retenu. Ce mot sera dans une petite case du cerveau notée: ce mot ne m’est pas inconnu, oui je l’ai entendu et même prononcé mais….. que veut-il dire……? Dans une petite case qui s’appelle: « Je sais mais j’ai oublié ». Case tout à fait banale mais à visée provisoire !

J’ai entendu dire au cours d’une formation qu’il fallait une récurrence moyenne de 20 fois, de 20 façons différentes pour qu’un mot soit acquis.

Si je me souviens de mes lointains cours théoriques de pédagogie il y a 3 vecteurs principaux de mémorisation : la vue, l’ouïe, et le toucher (ou le fait de « faire », le geste, l’action….)

Tout prof va, a priori, utiliser naturellement le support auditif: je parle, vous entendez/répétez. C’est la base. Mais c’est très  insuffisant pour la plupart des élèves.

Un public ado ou adulte qui a déjà des réflexes de travail individuel pourra compléter en travaillant à la maison.

Quand on enseigne à des enfants on ne peut pas vraiment compter sur ce travail individuel.  Tout doit se faire en classe. Si nos élèves n’ont pas acquis tel vocabulaire ou telle notion c’est à nous de revenir dessus et de faire en sorte que cette acquisition se fasse, en classe et pour toute le monde.

C’est en ayant ce principe en tête que j’essaie autant que possible d’utiliser les 2 autres supports de mémorisation dans mes cours: le geste qui accompagne le mot (j’ai une foi inébranlable en la force de la mémoire kinesthésique) (pour une fois que je connais le terme théorique….!) et les flashcards (ayant moi-même un profil essentiellement visuel). Ainsi chaque profil d’apprenant peut y trouver son compte et la variété des approches profite à tous.

C’est pour ça que vous trouvez sur ce blog beaucoup d’ images qui vont servir de support visuel aux apprenants. Ayant épuisé mes souvenirs théoriques sur le sujet je m’en vais à présent vous raconter de façon plus pratique comment je les utilise en classe avec l’exemple le plus récent que j’ai : le verbe être et les adjectif.

Je travaille avec des enfants de langue maternelle turque. Hors en turc le verbe être n’existe pas vraiment. Il peut être occulté. Ou bien, on rajoute un suffixe pour spécifier la personne à la fin du nom ou de l’adjectif. Pareil pour le verbe avoir. Ces 2 verbes sont donc très difficiles à comprendre, appréhender, et utiliser pour mes élèves. D’où ce travail approfondi qui va se poursuivre toute l’année.

Et voici les flashcards en question

( dans l’ordre content/amoureux/fatigué /fort /grand / gros /malade / faché / petit /triste)

  • Découverte des mots avec les flashcards

La plupart sont connus mais pas tous. Pour les nouveaux mots je lie le geste à la parole (on dit  » amoureux »avec une petite voix et en faisant un coeur avec la main, on dit « fort » d’une voix décidée et en montrant ses muscles!!, « gros » se différencie de « grand » par le son O qui d’ailleurs a la même forme que le personnage, on le remarque on mime ce grOs ventre et on rigole…). Je dis le mot, ils le répètent, le miment, et on recommence 2/3 fois. C’est l’occasion de parfaire la prononciation pour ne pas installer de mauvais réflexes. Ici je ne travaille QUE sur l’adjectif. Pas encore sur la structure de phrase avec être.

  • Jeux de mémorisation visuelle: le mot.En 2 étapes.
  1. La première étape consiste à associer la bonne image au mot que le prof dit. En général, j’affiche quelques cartes au tableau et il va falloir montrer la bonne. D’abord individuellement, puis comme une petite compétition entre 2 élèves. Je dis « fatigué » et le premier qui montre la carte ou l’attrape gagne, etc….Ceci peut être complété par un jeu de mime, un jackadi, … tout ce qui peut « installer le mot, entendu, dans le corps »
  2. Pour la deuxième étape, c’est à l’élève de dire le mot quand je montre l’image. Il y a différentes façon de rendre cette étape ludique, compter les points encore une fois, montrer les cartes de plus en plus vite, le montrer en un éclair de sorte à ce qu’ils n’aient que le temps de deviner l’image, les cacher derrière son dos et « surprise!!, une carte!! ».… A vous de trouver les vôtres, je suis preneuse, d’ailleurs, de toute nouvelle idée!! Là encore le mime complète la mémorisation, je mime, ils disent le mot … seuls, tous ensemble, sous forme de compétition (celui qui se trompe s’assoit jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un)
  • Le mime : la phrase.

Assez de mots, il temps de passer à l’action. Et à la phrase.

Un enfant va venir près de moi, je lui montre discrètement une flashcard et il va la mimer, celui qui fera la bonne phrase « Il est fatigué » pourra à son tour venir mimer. C’est l’occasion de revoir une fois toutes les cartes et d’expliquer les variations éventuelles au féminin (grand/grande). Mon objectif n’est pas le masculin/féminin donc je n’insiste pas plus que ça mais je les corrige rapidement quand ils se trompent au cours du jeu. Et finalement pour la majorité des élèves ça suffira pour qu’ils y fassent attention.

Puis je vais me « retirer » symboliquement du cours puisque chaque élève qui va venir mimer va choisir lui-même, SANS FLASHCARD, ce qu’il veut mimer. L’intérêt est double : ils font l’effort de se souvenir des cartes et donc des adjectifs qu’on utilise avec le verbe être. Et puis, le jeu se faisant sans moi, ils vont utiliser, en situation, le « tu » et le « je ». Avec le geste. Je leur demande de pointer le doigt vers eux quand ils disent « je » et vers leur ami pour le « tu ». L’enfant qui mime choisit celui qui va répondre. Je ne suis plus là que pour les petites corrections. Ce retrait de l’enseignant me semble essentiel, il renforce le naturel de l’échange entre les élèves.

Exemple: « Tu es triste? », l’élève qui mime répond « Oui, je suis triste »

On introduit la réponse négative: « Non, je ne suis pas triste ». Ce jeu de mime est drôle et les enfant participent parce qu’ils veulent à leur tour l’occasion de bouger et de « faire du théâtre ».

Rien n’empêche cependant le prof d’entrer dans le jeu du « théâtre » et d’en faire des caisses pour faire rire tout le monde et ainsi remotiver les élèves qui restent un peu passifs.

  • L’étiquette dans le dos

Avec un gros trombone on accroche une flashcard dans le dos d’un élève qui ne la voit pas. A lui de trouver ce que c’est en posant des questions : « Je suis malade? » -> réponse affirmative OU négative de la part du groupe classe. J’aime bien de temps en temps passer aux réponses collectives: certains enfants timides vont préférer ça et aimer parler uniquement dans ces moments là.

  • Les dés

J’ai utilisé des images qui représente les pronoms personnels : JE, TU, IL, ELLE, ON que nous avons rapidement travaillé (toujours avec la gestuelle)

Puis on a joué avec ces 2 dés que j’ai créés et imprimés en A4

C’était la première fois que j’utilisais des dés pour travailler la structure de phrase/conjugaison et c’est génial. Je le referai régulièrement.

Encore une fois on exploite le ras-le-bol des enfants à être assis et leur motivation toute naturelle pour tout ce qui va les faire se lever de leur chaise. C’est tout bête mais ils vont adorer venir au centre du cercle et jeter ces dés. Ils vont même parfois en faire des caisses, inventer de nouveaux lancés de dés: les 2 en même temps, le plus haut possible, avec un petit saut de danse. Peu m’importe. Puisqu’au final ils conjuguent en n’oublient plus d’utiliser le verbe être.

Pour corser un peu le tout après quelques tours de dés on va en demander plus. On va travailler sur la question « pourquoi? »

Enfant1 : Lancer de dés:« Je suis fatigué. »

Enfant2 (choisi par enfant 1): « POurquoi tu es fatigué? » (Oui, non on n’inverse pas encore le sujet.)

L’enfant1 a toute la liberté de répondre ce qu’il veut et s’il le veut de faire rigoler ses camarades.

Encore une fois l’enseignant s’efface au maximum de l’échange et quelle satisfaction de voir que nos élèves ont « une conversation » entre eux et en français. L’échange n’est pas complètement naturel mais il pourrait l’être.

Voilà un exemple assez représentatif de ma pratique de classe avec les images comme support de mémorisation et de production orale.

Voici les images en questions et les dés et à vrai dire, vous pouvez bien en faire ce que vous voulez 🙂 Télécharger le PDF ICI Etre + adjectif

A venir, une activité ludique autour d’être et ces mêmes adjectifs qui a, autant le dire, cartonné! Et bien sûr la suite logique: le verbe avoir qui va être sensiblement travaillé de la même façon.

Poésie : le départ

Certes c’est assez peu adapté à la période, juste avant de partir en vacances, mais on a en fait travaillée cette poésie au milieu d’année. Je l’ai trouvée je ne sais plus où que j’ai ensuite adaptée à mes élèves et qui nous a servi à :

– réutiliser les actions quotidiennes

– travailler la lecture de l’infinitif

– assimiler la structure pour+infinitif

Comptine pour+infinitif_01

Le PDF ici Comptine pour+infinitif